
Vivre avec le syndrome de l’intestin irritable n’est pas une fatalité, mais la solution ne se trouve pas dans une liste restrictive d’aliments à bannir à vie.
- Le soulagement durable passe par un protocole d’enquête personnalisé (type FODMAP) pour identifier vos déclencheurs uniques, et non par des évictions généralisées.
- La gestion du stress et la santé de votre microbiote sont aussi cruciales que votre assiette, car l’axe intestin-cerveau est au cœur du problème.
Recommandation : Abordez votre alimentation non comme une source de frustration, mais comme un outil d’investigation pour comprendre et apaiser votre corps, toujours sous la supervision d’un professionnel.
Vous avez l’impression d’avoir tout essayé. Cette sensation de ventre gonflé qui s’installe après les repas, ces crampes imprévisibles, cette alternance déroutante entre constipation et diarrhée… Vivre avec le syndrome de l’intestin irritable (SII) est un défi quotidien qui peut transformer l’acte de manger en une véritable source d’anxiété. Vous avez probablement lu des dizaines de listes d’aliments « interdits », tenté de supprimer le gluten ou le lactose, et pourtant, les symptômes persistent, parfois même quand vous pensez manger « sainement ».
Les conseils habituels, bien que souvent bien intentionnés, se limitent à des règles générales : « gérez votre stress », « mangez des fibres ». Mais ils échouent à adresser la complexité et surtout l’individualité de cette condition. Car chaque personne atteinte du SII est unique, et ce qui déclenche une crise chez l’un peut être parfaitement toléré par l’autre. La frustration qui en découle est immense, menant à un cercle vicieux où la peur de manger alimente le stress, qui lui-même aggrave les symptômes digestifs.
Et si la véritable clé n’était pas de restreindre sans fin, mais de comprendre ? Si, au lieu de voir votre alimentation comme un champ de mines, vous la transformiez en un outil d’enquête pour devenir l’expert de votre propre corps ? Cet article vous propose une approche différente, à la fois experte et soulageante. Nous allons déconstruire les mythes et vous donner une feuille de route structurée, non pas pour suivre un « régime » de plus, mais pour mener un protocole de compréhension personnalisé. L’objectif : apaiser votre système digestif, identifier vos véritables sensibilités et, enfin, retrouver une relation sereine avec votre assiette.
Cet article est conçu pour vous guider pas à pas à travers les étapes essentielles d’une gestion nutritionnelle efficace du syndrome de l’intestin irritable. Vous y découvrirez les mécanismes reliant le stress à vos crises, une méthode sécurisée pour explorer les FODMAPs, et des stratégies concrètes pour apaiser votre système digestif sur le long terme.
Sommaire : Votre guide pour apaiser le syndrome de l’intestin irritable par l’alimentation
- Pourquoi votre stress déclenche-t-il des crises digestives malgré une alimentation saine ?
- Comment éliminer les FODMAPs pendant 4 semaines sans carences nutritionnelles ?
- Légumes crus ou cuits : lesquels privilégier pour mettre votre système digestif au repos ?
- L’erreur grave de supprimer le gluten ou le lactose à vie sans test médical préalable
- Dans quel ordre réintroduire les aliments pour identifier précisément le coupable ?
- Comment intégrer le régime méditerranéen dans votre quotidien français sans changer toutes vos habitudes ?
- Comment nourrir vos « bonnes bactéries » pour qu’elles produisent des anxiolytiques naturels ?
- Quand devez-vous consulter un médecin nutritionniste plutôt qu’un diététicien ?
Pourquoi votre stress déclenche-t-il des crises digestives malgré une alimentation saine ?
Vous l’avez sans doute remarqué : une journée de travail tendue, une contrariété personnelle, et voilà que votre ventre se manifeste douloureusement, même si votre repas était irréprochable. Cette connexion n’est pas le fruit de votre imagination. Elle est au cœur même du syndrome de l’intestin irritable, une condition qui, loin d’être rare, touche une part non négligeable de la population. En effet, des études estiment que jusqu’à 4,2% de la population française serait concernée par le SII, avec un impact significatif sur la qualité de vie.
Ce lien puissant s’explique par ce que les scientifiques appellent l’axe intestin-cerveau. Il s’agit d’une communication bidirectionnelle constante entre votre système nerveux central (cerveau) et votre système nerveux entérique (celui de vos intestins). Le nerf vague, une sorte d’autoroute de l’information, joue ici un rôle central. En situation de stress, votre cerveau libère des hormones comme le cortisol, qui envoient un signal d’alerte à tout le corps, y compris à l’intestin. Ce dernier réagit en augmentant sa motilité (provoquant des diarrhées) ou en la ralentissant (menant à la constipation), et surtout, en devenant beaucoup plus sensible à la douleur. C’est ce qu’on nomme l’hyper-réactivité viscérale : une distension normale du tube digestif, due à la digestion, est perçue comme une agression douloureuse.
Ce schéma met en lumière pourquoi une alimentation parfaite ne suffit pas si le « cerveau » de l’équation est en état d’alerte permanent. Le stress chronique maintient votre système digestif dans un état de défense, le rendant incapable de fonctionner sereinement. Agir sur le stress n’est donc pas une option, mais une partie intégrante du traitement. Des techniques comme la respiration abdominale avant les repas, la méditation ou la sophrologie ne sont pas de simples « gadgets » bien-être ; elles permettent d’activer le système nerveux parasympathique, le mode « repos et digestion » de votre corps, et de calmer directement cette hyper-réactivité intestinale.
En comprenant cette synergie corps-esprit, vous cessez de vous blâmer pour vos symptômes et commencez à agir sur l’une des causes profondes de votre inconfort. La première étape n’est pas toujours dans l’assiette, mais dans la manière dont vous abordez votre quotidien.
Comment éliminer les FODMAPs pendant 4 semaines sans carences nutritionnelles ?
Le terme « FODMAP » peut sembler intimidant, mais il désigne simplement une famille de sucres fermentescibles que l’intestin grêle de certaines personnes a du mal à absorber. Lorsqu’ils arrivent intacts dans le côlon, ils sont dévorés par les bactéries, produisant des gaz et attirant de l’eau, ce qui provoque ballonnements, douleurs et troubles du transit. Le protocole pauvre en FODMAPs n’est pas un régime à vie, mais une phase d’enquête temporaire (4 à 6 semaines) dont l’efficacité est bien établie. En effet, on estime qu’entre 50 à 75% des personnes souffrant du SII voient leurs symptômes s’améliorer significativement avec cette approche, lorsqu’elle est bien menée.
La crainte principale est de créer des carences en éliminant des familles entières d’aliments comme certains fruits, légumes, céréales et légumineuses. La clé est la substitution intelligente, et non la suppression aveugle. Il ne s’agit pas de manger moins, mais de manger différemment, en choisissant des aliments aux profils nutritionnels similaires mais pauvres en FODMAPs. L’accompagnement par un diététicien-nutritionniste est fortement recommandé pour personnaliser cette phase et s’assurer que vos apports en fibres, vitamines et minéraux restent optimaux.
Le tableau suivant vous donne des exemples concrets de substitutions pour vous aider à visualiser comment maintenir un équilibre nutritionnel pendant cette phase cruciale.
| Aliment riche en FODMAP | Substitut pauvre en FODMAP | Équivalence nutritionnelle |
|---|---|---|
| Blé (pâtes, pain) | Sarrasin, quinoa | Magnésium, fibres, protéines |
| Lentilles | Tofu ferme | Protéines végétales, fer |
| Lait de vache | Lait sans lactose, lait d’amande | Calcium, vitamine D |
| Pommes | Oranges, kiwis | Vitamine C, fibres solubles |
| Ail, oignon | Huile infusée à l’ail, ciboulette | Composés aromatiques, antioxydants |
Cette phase d’éviction doit être vue comme une mise au repos de votre système digestif. C’est une page blanche qui vous permettra ensuite, lors de la réintroduction, d’identifier avec précision les familles de FODMAPs et les quantités qui vous posent problème. C’est une démarche logique et structurée, loin des régimes restrictifs sans fin et sans but.
Envisagez cette période de quatre semaines non comme une contrainte, mais comme l’investissement initial nécessaire pour des décennies de bien-être digestif retrouvé.
Légumes crus ou cuits : lesquels privilégier pour mettre votre système digestif au repos ?
Les légumes sont la base d’une alimentation saine, mais lorsqu’on souffre du SII, même une simple salade de crudités peut se transformer en cauchemar digestif. La raison réside dans leurs fibres. Les fibres insolubles, très présentes dans les légumes crus (peau des poivrons, salade, céleri branche), sont rigides et peuvent agir comme une « brosse » sur une paroi intestinale déjà irritée, exacerbant les douleurs et accélérant le transit. Cela est particulièrement vrai en cas de dysbiose intestinale, un déséquilibre du microbiote. Des études montrent en effet que jusqu’à 73% des patients avec une colopathie fonctionnelle présentent une telle dysbiose, rendant leur intestin encore plus vulnérable.
La solution n’est pas d’éliminer les légumes, mais de transformer leurs fibres pour les rendre plus douces. La cuisson est votre meilleure alliée. Elle agit comme une forme de « prédigestion » : la chaleur décompose les parois cellulaires végétales et ramollit les fibres, les rendant beaucoup moins agressives pour votre tube digestif. Les cuissons douces comme la vapeur, à l’étouffée ou en papillote sont idéales, car elles préservent un maximum de vitamines et minéraux tout en garantissant une digestibilité optimale.
Comme vous pouvez le constater, un légume cuit à la vapeur est non seulement plus tendre, mais ses nutriments sont aussi plus accessibles. En phase de crise ou au début d’un protocole alimentaire, privilégier systématiquement les légumes cuits peut apporter un soulagement rapide et significatif. Pensez aux soupes, purées, compotes et woks. Une fois votre système digestif apaisé, vous pourrez réintroduire progressivement de petites quantités de légumes crus bien tolérés (comme de la carotte râpée finement ou du concombre épépiné et pelé) pour tester votre seuil de tolérance.
Écouter votre corps et adapter la texture de vos aliments est une compétence clé pour naviguer au quotidien avec le SII. C’est un ajustement simple qui peut faire une différence énorme sur votre bien-être.
L’erreur grave de supprimer le gluten ou le lactose à vie sans test médical préalable
Face à la détresse digestive, la tentation est grande de désigner des coupables : le gluten et le lactose sont souvent les premiers accusés. Sur les forums et les réseaux sociaux, les témoignages de personnes se sentant mieux après leur éviction sont légion. Cependant, se lancer dans un régime sans gluten ou sans lactose strict sans un diagnostic médical précis est une erreur qui peut avoir de lourdes conséquences. Le risque principal est de passer à côté d’une pathologie sérieuse comme la maladie cœliaque. Cette maladie auto-immune nécessite un suivi médical spécifique et un régime d’éviction total et à vie. Or, si vous arrêtez le gluten avant d’effectuer les tests sanguins et la biopsie, les marqueurs de la maladie disparaissent, rendant le diagnostic impossible et vous laissant dans l’incertitude.
Il est crucial de différencier plusieurs conditions. La maladie cœliaque est une réaction immunitaire grave. L’intolérance au lactose est due à un déficit en lactase, l’enzyme qui digère le sucre du lait. La sensibilité au gluten non-cœliaque ou la sensibilité à d’autres FODMAPs (comme les fructanes du blé) sont des diagnostics d’exclusion, posés uniquement après avoir écarté d’autres pathologies. De plus, la plupart des personnes intolérantes au lactose peuvent tout de même consommer des yaourts ou des fromages affinés, où le lactose a été « prédigéré » par les ferments.
Au-delà du risque de masquer un diagnostic, l’éviction non justifiée peut créer plus de problèmes qu’elle n’en résout. Comme le soulignent des études sur le sujet, une éviction alimentaire auto-imposée peut engendrer une anxiété alimentaire, un isolement social lors des repas et, paradoxalement, des carences nutritionnelles. D’après l’Association des Patients Souffrant du Syndrome de l’Intestin Irritable (APSSII), on observe un risque accru d’orthorexie, une obsession pour l’alimentation « saine » qui devient pathologique, chez les personnes qui adoptent des régimes trop restrictifs sans encadrement. Le syndrome de l’intestin irritable, qui concernerait près de 3 millions de personnes en France, ne doit pas devenir une porte d’entrée vers des troubles du comportement alimentaire.
La véritable liberté n’est pas de supprimer des aliments par peur, mais de connaître précisément vos sensibilités pour pouvoir faire des choix éclairés et sereins.
Dans quel ordre réintroduire les aliments pour identifier précisément le coupable ?
La phase de réintroduction est le moment le plus important de votre protocole FODMAP. Après avoir mis votre système digestif au repos pendant quelques semaines, vous allez pouvoir, tel un détective, tester une par une les familles de FODMAPs pour découvrir lesquelles vous posent problème, et surtout, à partir de quelle quantité. C’est cette étape qui vous rendra votre autonomie alimentaire. L’erreur serait de tout réintroduire en même temps, ce qui rendrait impossible l’identification du ou des coupables. La méthode doit être progressive, structurée et bien documentée.
Chaque famille de FODMAPs (Fructose, Lactose, Fructanes, Galactanes et Polyols) doit être testée séparément. On choisit un aliment représentatif de la famille et on l’introduit sur trois jours, en augmentant progressivement la portion. Par exemple, pour tester le lactose, on pourrait consommer 50ml de lait le premier jour, 100ml le deuxième, et 200ml le troisième. Entre chaque test d’une nouvelle famille, il est crucial de respecter une pause de 2 à 3 jours avec une alimentation pauvre en FODMAPs. Pourquoi ce délai ? Comme le soulignent des experts, le temps de transit intestinal peut être long. Des symptômes peuvent apparaître jusqu’à 72 heures après l’ingestion d’un aliment. Cette pause permet d’éviter de confondre les réactions.
Tenir un journal alimentaire et de symptômes précis est indispensable. Notez l’aliment testé, la quantité, l’heure, et l’apparition de tout symptôme (type, intensité, durée). N’oubliez pas d’y noter aussi votre niveau de stress, la qualité de votre sommeil et, pour les femmes, la phase de votre cycle menstruel, car ces facteurs peuvent grandement influencer votre réactivité digestive.
Votre plan d’action pour la réintroduction des FODMAPs
- Phase 1 (semaines 1-2) : Commencer par tester les Polyols. Introduire de l’avocat : 1/8 de portion le jour 1, 1/4 le jour 2, 1/2 le jour 3.
- Phase 2 (semaines 3-4) : Tester le lactose. Introduire du lait : 50ml le jour 1, 100ml le jour 2, 200ml le jour 3.
- Phase 3 (semaines 5-6) : Réintroduire les Fructanes. Tester l’ail : 1/4 de gousse le jour 1, 1/2 gousse le jour 2, 1 gousse le jour 3.
- Pause et Observation : Entre chaque nouvelle famille d’aliments, observer une pause stricte de 3 jours en régime pauvre en FODMAPs pour noter les effets retardés.
- Documentation rigoureuse : Tenir un journal détaillé incluant aliments, quantités, symptômes (nature, intensité), niveau de stress, sommeil et cycle menstruel pour une analyse fiable.
À la fin de ce processus, vous ne verrez plus les aliments comme « bons » ou « mauvais », mais vous connaîtrez vos propres seuils. C’est la clé pour construire une alimentation variée, agréable et sans douleur sur le long terme.
Comment intégrer le régime méditerranéen dans votre quotidien français sans changer toutes vos habitudes ?
Une fois la phase d’enquête des FODMAPs terminée et vos sensibilités identifiées, l’objectif est de trouver un modèle alimentaire durable, agréable et bénéfique pour votre santé digestive. Le régime méditerranéen, riche en légumes et fruits colorés, en bonnes graisses (huile d’olive, oléagineux), en poissons gras et en céréales complètes (adaptées à vos tolérances), est une excellente base. Il est reconnu pour ses effets anti-inflammatoires et son action positive sur le microbiote. Des recherches suggèrent même qu’une combinaison du régime méditerranéen avec un régime pauvre en FODMAPs personnalisé peut être particulièrement bénéfique pour la gestion du SII.
L’idée n’est pas de renier la gastronomie française, mais de l’adapter avec quelques ajustements simples. Il s’agit d’une évolution, pas d’une révolution. Vous pouvez conserver vos plats préférés en y apportant des modifications intelligentes qui allègent la charge digestive tout en conservant le plaisir. Par exemple, une sauce pour vos pâtes (sans gluten si nécessaire) peut être réalisée avec des tomates épépinées et pelées, de l’huile d’olive de qualité et des herbes fraîches, plutôt qu’une base de crème et d’oignons.
Voici quelques adaptations concrètes pour « méditerranéiser » votre quotidien :
- Remplacer la crème fraîche : Dans vos quiches, sauces ou soupes, optez pour des alternatives végétales (crème de soja, d’amande) ou un yaourt sans lactose pour conserver l’onctuosité.
- Choisir les bonnes huiles : Faites de l’huile d’olive vierge extra votre matière grasse principale pour la cuisson douce et l’assaisonnement. Pour les apports en oméga-3, pensez à l’huile de colza ou de noix pour vos salades.
- Sélectionner vos fromages : Privilégiez les fromages à pâte dure et affinés (Comté, Parmesan, chèvre sec) qui sont naturellement très pauvres en lactose et souvent bien tolérés.
- Adopter les légumes du soleil : Intégrez des légumes méditerranéens bien tolérés dans le cadre du SII comme la courgette, l’aubergine (sans la peau), les poivrons (cuits et pelés) et les tomates (épépinées).
- Changer le rituel du repas : Adoptez l’approche méditerranéenne du repas : un moment de convivialité, pris lentement, en pleine conscience, loin des écrans. Cela a un impact direct et positif sur la digestion.
Cette philosophie alimentaire permet non seulement d’apaiser vos symptômes, mais aussi de prendre soin de votre santé globale, sans sacrifier la gourmandise et la convivialité si chères à notre culture.
Comment nourrir vos « bonnes bactéries » pour qu’elles produisent des anxiolytiques naturels ?
Nous avons vu que le stress impacte l’intestin. Mais saviez-vous que l’inverse est aussi vrai ? Un intestin sain peut aider à mieux gérer le stress. Ce dialogue fascinant passe par votre microbiote intestinal. Ces milliards de micro-organismes qui peuplent votre côlon ne font pas que digérer ; ils produisent des molécules qui communiquent directement avec votre cerveau. L’une des plus importantes est le butyrate, un acide gras à chaîne courte. Il est produit lorsque certaines bonnes bactéries fermentent des fibres alimentaires spécifiques, appelées prébiotiques.
Le butyrate est un véritable trésor pour votre corps. Il sert de principale source d’énergie aux cellules de la paroi de votre côlon, renforçant ainsi la barrière intestinale. Mais son rôle ne s’arrête pas là. Des études montrent que le butyrate peut moduler le comportement et avoir un effet anxiolytique naturel. Il agit sur le système nerveux et aide à calmer l’hyper-réactivité intestinale, brisant ainsi le cercle vicieux stress-douleur. Nourrir les bactéries qui produisent du butyrate est donc une stratégie puissante pour apaiser à la fois votre ventre et votre esprit.
La clé est de leur fournir le bon carburant : des fibres prébiotiques bien tolérées. Attention, beaucoup d’aliments riches en prébiotiques sont aussi riches en FODMAPs (comme l’ail ou l’artichaut). Il faut donc choisir judicieusement, surtout en phase de sensibilité. L’introduction doit toujours être très progressive pour éviter de surcharger le système digestif. Commencez par de très petites quantités et augmentez lentement sur plusieurs jours ou semaines.
Voici une liste de prébiotiques généralement bien tolérés, à introduire avec précaution :
- Fibre d’acacia : Très douce, elle se présente sous forme de poudre à diluer. Commencez par 1 gramme par jour et augmentez très progressivement.
- Psyllium blond : Riche en fibres solubles, il régule le transit. Une cuillère à café dans un grand verre d’eau est un bon début.
- Banane peu mûre : L’amidon résistant des bananes encore un peu vertes est un excellent prébiotique. Essayez une demi-banane dans un smoothie.
- Flocons d’avoine : Bien cuits (en porridge), ils sont une source de bêta-glucanes, une autre fibre appréciée de votre microbiote.
Cette approche proactive transforme votre alimentation en un outil puissant pour renforcer votre résilience face au stress, agissant directement à la source de l’axe intestin-cerveau.
À retenir
- Le SII n’est pas une simple « sensibilité digestive », mais une interaction complexe entre votre intestin, votre cerveau et votre microbiote.
- Le protocole FODMAP est un outil d’enquête temporaire, pas un régime à vie. Son but est d’identifier vos seuils de tolérance individuels.
- La gestion du stress et le choix de cuissons douces sont des leviers aussi importants que le contenu de votre assiette pour calmer les symptômes.
Quand devez-vous consulter un médecin nutritionniste plutôt qu’un diététicien ?
Naviguer dans le parcours de soin du SII peut être déroutant. Médecin généraliste, gastro-entérologue, diététicien-nutritionniste, médecin nutritionniste… qui fait quoi ? Comprendre le rôle de chaque professionnel est essentiel pour obtenir le bon accompagnement au bon moment. Il ne s’agit pas de choisir l’un contre l’autre, mais de comprendre leur complémentarité. Le SII est une pathologie si fréquente qu’elle représenterait jusqu’à 50% des consultations en gastro-entérologie, ce qui souligne l’importance d’un parcours de soin bien coordonné.
Votre médecin généraliste est la porte d’entrée. C’est lui qui, face à vos symptômes, vous orientera vers un gastro-entérologue. Le rôle de ce dernier est crucial : il va poser le diagnostic officiel du SII après avoir écarté, via des examens (analyses de sang, coloscopie, tests respiratoires…), toute autre pathologie plus grave (maladie de Crohn, rectocolite, maladie cœliaque, cancer…). C’est une étape de sécurité absolument indispensable. Il peut également prescrire des médicaments pour soulager les symptômes (antispasmodiques, par exemple).
Une fois le diagnostic de SII posé, le diététicien-nutritionniste devient votre principal allié. Il est le spécialiste de la mise en pratique de l’alimentation. Il ne pose pas de diagnostic médical, mais il traduit les recommandations médicales en un plan alimentaire concret et personnalisé. C’est lui qui vous guidera de manière experte et sécurisée à travers les différentes phases du protocole FODMAP, de l’éviction à la réintroduction, en veillant à l’équilibre de vos repas et en vous aidant à interpréter les résultats de votre « enquête ». Le médecin nutritionniste, quant à lui, est un médecin ayant une spécialisation en nutrition. Il peut poser un diagnostic, prescrire des examens et des médicaments, et a une vision globale des interactions entre maladies et nutrition, ce qui peut être pertinent en cas de pathologies multiples associées.
Pour clarifier, voici un tableau qui résume les rôles de chacun dans la prise en charge du SII.
| Critère | Médecin (généraliste/gastro-entérologue) | Diététicien-nutritionniste |
|---|---|---|
| Diagnostic | Pose le diagnostic de SII, écarte les pathologies graves | Ne pose pas de diagnostic médical |
| Examens | Prescrit analyses, coloscopie, tests respiratoires | Interprète les résultats pour adapter le régime |
| Médicaments | Prescrit antispasmodiques, antibiotiques si SIBO | Conseille sur l’alimentation en parallèle des traitements |
| Plan alimentaire | Donne des conseils généraux | Élabore et personnalise le protocole FODMAPs |
| Suivi | Surveillance médicale | Accompagnement nutritionnel sur la durée |
En résumé, le diagnostic et le suivi médical sont du ressort du médecin, tandis que l’élaboration d’une stratégie nutritionnelle sur-mesure et son suivi au quotidien sont le cœur de métier du diététicien. Leur collaboration est la meilleure garantie de succès pour retrouver un confort de vie durable.
Questions fréquentes sur l’alimentation et le syndrome de l’intestin irritable
Quelle est la différence entre maladie cœliaque et sensibilité au gluten ?
Avant de conclure à un diagnostic de SII, il est essentiel d’exclure la maladie cœliaque par un test d’anticorps. La maladie cœliaque est une pathologie auto-immune entraînant une destruction des villosités intestinales, tandis que la sensibilité au gluten non-cœliaque est un diagnostic posé par élimination, sans cette atteinte auto-immune.
Pourquoi ne pas arrêter le gluten avant les tests médicaux ?
L’arrêt du gluten avant les tests fausse complètement le diagnostic de la maladie cœliaque. Les anticorps et les lésions intestinales spécifiques à la maladie peuvent disparaître, rendant le test faussement négatif et empêchant ainsi un diagnostic correct et une prise en charge adaptée.
Les intolérants au lactose peuvent-ils consommer certains produits laitiers ?
Oui, souvent. Le lactose peut déclencher des symptômes si le taux de lactase, l’enzyme nécessaire à sa digestion, est faible. Cependant, la plupart des personnes intolérantes tolèrent bien les yaourts et les fromages affinés (à pâte dure), car le lactose y a été en grande partie dégradé par le processus de fermentation.